Ton carnet d’observation nature : le nature journaling

Un carnet d’observation de la nature est un cahier personnel dans lequel tu notes, tu dessines ou tu colles ce que tu apprends à reconnaître dehors : un arbre, une plante, un oiseau, un nuage, une constellation, une recette de saison. Cette pratique, connue sous le nom de nature journaling dans les pays anglophones, transforme peu à peu ton regard sur le vivant, sans matériel coûteux, ni compétences artistiques préalables, simplement à ton rythme.

Qu’est-ce que le nature journaling ?

Le nature journaling, qui se traduit par carnet de nature, carnet naturaliste ou journal de nature, est une pratique d’observation née aux États-Unis et popularisée par le naturaliste John Muir Laws, héritier spirituel de John Muir, le grand observateur des forêts californiennes. L’idée est toute simple : tenir un cahier dédié dans lequel on consigne ses observations du vivant à l’aide de mots, de dessins, de chiffres ou simplement de petites notes spontanées.
Cette pratique connaît un beau succès depuis quelques années car elle répond à un besoin profond de connexion avec la nature, de vrais temps d’observations et de ralentissement dans un quotidien qui va souvent trop vite.


Tu peux la pratiquer en cinq minutes sur le bord d’une fenêtre que tu sois en ville ou la la campagne. Ou tu peux prendre un vrai temps de pause en deux heures lors d’une randonnée. Tu peux dessiner, mais ce n’est pas une obligation. Tu peux écrire beaucoup ou simplement trois ou quatre mots qui résonnent en toi. Sécher et coller une feuille trouvée, photographier un insecte, noter un chant d’oiseau. Il n’y a pas de bonne façon de tenir un carnet d’observation : il y a seulement la façon qui te convient le mieux.

Pourquoi tenir un carnet d’observation de la nature

Parce que regarder ne suffit pas toujours pour voir. On peut passer devant le même arbre tous les jours pendant dix ans sans savoir si c’est un frêne, un érable ou un charme. On peut entendre un oiseau chaque matin sans savoir s’il s’agit d’un rouge-gorge, d’un merle ou d’une mésange. La nature est là, devant nous et pourtant elle reste un décor flou tant qu’on n’a pas pris le temps de s’y intéresser et posé des noms sur ce qui la compose.
Un carnet d’observation, ça sert à ça. L’objectif n’est pas de transformer l’amateur en naturaliste. Mais en posant un mot, un toucher, une couleur sur ce qui était jusqu’ici indifférencié. Le marronnier devient le marronnier. La traînée blanche dans le ciel devient un cirrus. Le petit bruit dans la haie devient un troglodyte. Et la nature se met à parler.
C’est aussi un geste qui ralentit. Reconnaître un arbre, ça demande de s’arrêter, de lever les yeux, de regarder l’écorce, la feuille, peut-être le fruit. Le temps de l’apprentissage est un temps long, contemplatif, qui résiste au scroll. Le nature journaling, c’est l’urgence remplacée par la curiosité.
Plusieurs études récentes montrent aussi les bienfaits psychiques de la pratique : diminution du stress, amélioration de l’attention, sentiment de connexion au vivant. Mais on n’a pas besoin de ces études pour le savoir. Il suffit de tenir un carnet pendant un mois pour le ressentir soi-même.

fabriquer un herbier pour observer la nature avec les enfants

Le principe des 7 catégories : un rituel d’apprentissage par mois

Pour ne pas te retrouver devant un carnet vide sans savoir par où commencer, l’idée du carnet des 365 dehors est de te proposer chaque mois sept catégories d’apprentissage qui reviennent en cycle. Sept rendez-vous simples, à piocher au fil du mois :

  • un nouvel insecte à reconnaître
  • un nouvel arbre à identifier
  • une nouvelle plante comestible à goûter (ou au moins à savoir nommer)
  • un nouveau nuage à observer dans le ciel
  • un nouvel oiseau à reconnaître au chant ou à la silhouette
  • une nouvelle constellation à repérer dans le ciel nocturne
  • une recette de saison à cuisiner avec ce que la nature offre ce mois-ci

Sur douze mois, ça fait 84 apprentissages. Sur trois ans, 252. Une vie entière de promeneuse peut tenir dans un seul carnet bien rempli.
L’esprit n’est pas la performance, c’est la collection patiente. Tu pioches dans le calendrier le jour où l’invitation s’allume. Si l’apprentissage ne se fait pas ce jour-là, il attendra. Si tu en fais trois dans la même semaine, tant mieux.

Comment t’y prendre, concrètement

Choisis un support qui te donne envie de l’ouvrir
Le carnet d’observation se choisit comme on choisit un objet de compagnie : il doit te plaire au toucher, te tenir dans la main, te suivre dehors. Un Moleskine, un carnet artisanal, un cahier d’écolier réutilisé, peu importe. Il faut juste qu’il te donne envie de l’ouvrir un mardi soir pour y noter ton merle.


Quelques formats qui marchent bien :

  • un carnet pages blanches si tu aimes dessiner, coller, mélanger
  • un carnet pages lignées si tu préfères écrire, prendre des notes
  • un carnet à sept colonnes (une par catégorie) si tu aimes la structure
  • un classeur avec onglets si tu veux ranger par espèce sur plusieurs années

Beaucoup de praticiens du nature journaling recommandent un format A5, suffisamment grand pour dessiner mais transportable, avec une couverture rigide pour pouvoir écrire dessus debout. L’important, c’est qu’il vive avec toi. Un carnet rangé dans un tiroir n’apprend rien.

Choisis ta façon d’apprendre

L’apprentissage peut prendre plusieurs formes. Tu peux choisir celle qui te ressemble ou alterner :

nature journaling ou carnet nature pour observer le vivant
  • l’observation directe : tu sors, tu repères l’oiseau, l’arbre, le nuage, tu prends quelques minutes pour le regarder. Tu notes ce que tu vois : la couleur, la taille, les détails marquants. Le nom viendra après, peut-être avec une appli, peut-être avec un guide papier, peut-être en demandant à quelqu’un qui sait
  • le dessin : pas besoin de savoir dessiner. Le dessin d’observation ne cherche pas la beauté, il cherche l’attention. En essayant de tracer la forme d’une feuille, tu vois mille fois mieux qu’en la photographiant. Le crayon ralentit le regard. C’est d’ailleurs l’approche centrale du nature journaling, telle que la pratique John Muir Laws ou les naturalistes francophones comme Florian Tanguy (du blog Dessiner la nature)
  • l’écriture : tu décris en mots. La couleur de l’écorce, le nombre de pétales, la forme du nuage, la mélodie du chant. Cette description écrite, relue trois mois après, te ramène l’image entière : c’est étonnamment puissant.
  • la collecte : une feuille tombée, une plume trouvée, une écorce séchée. Tu la colles dans le carnet à côté du nom. L’objet incarne l’apprentissage et le grave dans la mémoire.
  • la photo : plus rapide mais souvent plus pauvre. Si tu choisis la photo, prends le temps de l’imprimer ou de la coller car un carnet d’observation sur écran ne s’ouvre jamais.

La méthode « I notice, I wonder, it reminds me of »

Cette petite formule, popularisée par John Muir Laws, est le secret pour ne jamais sécher devant un carnet vide :

  • je remarque (« I notice ») : note simplement ce que tu vois, comme un témoin. Trois pétales et une tige duveteuse avec une nervure centrale plus foncée
  • je me demande (« I wonder ») : laisse venir les questions. Pourquoi ces pétales sont-ils orientés vers le sud ? Cet insecte est-il là à cause des pucerons ?
  • ça me rappelle (« It reminds me of ») : connecte avec ce que tu sais déjà. Ça ressemble à la fleur de bourrache mais en plus petit. La forme du tronc me fait penser à un hêtre

Trois lignes, trois entrées, et l’observation est complète. C’est une manière simple de structurer la page sans tomber dans la rigidité d’un formulaire.

Un calendrier pour t’aider à démarrer petit à petit

Une catégorie par mois suffit pour commencer. Si tu te lances avec les sept d’un coup et que la motivation retombe au bout de trois semaines, c’est trois semaines de plus que rien mais c’est aussi un goût d’inachevé. Mieux vaut un seul apprentissage par mois bien posé qu’une grande ambition qui s’essouffle.


Le calendrier des 365 dehors te propose les sept chaque mois, mais c’est toi qui décides. Tu peux décider que cette année, tu fais seulement les arbres. L’année prochaine, tu ajouteras les oiseaux. Trouve ton propre rythme, celui qui te convient le mieux.


Le calendrier n’est pas figé au jour près : seuls les rendez-vous astro sont datés strictement, parce qu’ils correspondent à des phénomènes précis dans le ciel : une pleine lune ne se déplace pas pour t’arranger, un solstice non plus. Pour eux, le jour compte.
Pour tout le reste, le jour proposé n’est qu’une suggestion.

Tu peux :

  • échanger : faire le mercredi ce qui est prévu le samedi, parce que le mercredi il fait beau et le samedi tu travailles
  • cumuler : faire trois invitations dans la même après-midi parce que tu as un coup de cœur pour cette journée
  • oublier : laisser passer celle qui ne te parle pas ce jour-là, sans culpabilité, sans rattrapage

Le calendrier est une réserve d’invitations, pas un programme à suivre. Zéro culpabilité, ni challenge ni compétition — c’est la promesse fondatrice du projet.

Le carnet d’observation comme rituel familial (ou solitaire)

Le carnet d’observation de la nature se prête à tous les âges. Avec des enfants, c’est un outil pédagogique magnifique : ils dessinent, collectent, coloriaient, posent mille questions. Les enfants de 5-10 ans sont les naturalistes naturels : ils n’ont pas encore appris à regarder sans voir. Beaucoup d’écoles dehors, en France et ailleurs, ont intégré le carnet nature dans leur pratique pédagogique.
Seul, en tant qu’adulte, le carnet est une porte de présence. C’est l’exercice silencieux de quelqu’un qui décide d’habiter la nature qui l’entoure avec attention, qui apprend à nommer ses voisins des bois et du ciel. Pas pour épater les copains à l’occasion d’un dîner, mais juste pour soi-même, pour le plaisir tranquille d’observer et d’apprendre encore.
Tu peux aussi le pratiquer à deux, en couple ou entre amis : chacun son carnet, observations partagées, échanges sur ce qu’on a vu.

C’est un beau rituel à inventer.

Les outils qui aident (sans remplacer le carnet)

Quelques applications gratuites à utiliser en complément du carnet, et non à sa place :

  • PlantNet : identifie une plante à partir d’une photo
  • Merlin Bird ID (Cornell Lab) : identifie les chants d’oiseaux en temps réel
  • Seek by iNaturalist : identifie animaux, plantes, champignons par photo
  • Stellarium ou SkyMap : pour les constellations
  • Météo France ou WindyApp : pour identifier les types de nuages

Côté guides papier, les Guides Delachaux sont une référence accessible pour les oiseaux, les plantes, les insectes. Le journal du naturaliste de Clare Walker Leslie (Hachette Pratique) est aussi un beau livre d’introduction au nature journaling, traduit en français.
Mais aucune appli, aucun guide ne remplace le geste d’écrire dans le carnet. L’appli t’aide à identifier et le carnet t’apprend à te rappeler.

Le carnet des 365 dehors : une version accompagnée

Si tu veux te lancer sans avoir à tout organiser toi-même, le carnet des 365 dehors est une newsletter mensuelle gratuite qui te livre chaque mois :

  • un calendrier visuel à imprimer, avec une invitation par jour (30 par mois)
  • les 7 rendez-vous d’apprentissage glissés dans le mois (insecte, arbre, plante, nuage, oiseau, constellation, recette)
  • les rendez-vous astro précis (lunes, solstices, pluies d’étoiles, équinoxes)
  • une carte postale du mois depuis la tiny house Môme des bois en pleine nature

C’est gratuit, c’est doux, c’est sans pression. Tu pioches ce qui te fait du bien, tu n’es pas obligé de tout faire chaque moi.
Reçois le prochain calendrier des 365 dehors

En résumé

Un carnet d’observation de la nature est un cahier dédié à une collection patiente : sept catégories d’apprentissage (insecte, arbre, plante comestible, nuage, oiseau, constellation, recette de saison), revisitées chaque mois, sur douze mois. C’est un outil simple, qui ne demande aucune compétence préalable, et qui transforme peu à peu ton regard sur ton coin de monde.


La pratique du nature journaling est accessible à tout âge, en famille comme en solitaire. Elle ne demande qu’un cahier, un crayon, et la patience de regarder.


À très vite dans la nature,

Marie – la Môme des bois